Frondeurs et pragmatiques

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Comment faire pour éviter aux indignés du mouvement Occupy Wall Street des problèmes avec la police et les résidents du quartier des affaires de New York ? En assurant eux-mêmes le service d’ordre.

Brendan Burke, 41 ans, est un natif de New York. Dès le début du mouvement, il a pris conscience de certaines carences. « C’était la pagaille », dit-il, « et ici, c’est la salle de presse donc notre problème était d’assurer la protection du matériel et de constituer une zone de défense de la salle de presse ». Et de souligner « ensuite, il a fallu gérer les gens, de manière diplomatique, sans brutalité, sans les toucher, ne pas faire comme les flics ». Grand et chauve, Brandan Burke est une baraque. Pour lui, ceux qui posent problème sont les personnes en état d’ébriété ou celles qui cherchent des noises; la vigilance permet de calmer les perturbateurs ou de les expulser.

Un policier, stationné au bord de la place, parlant sous le couvert de l’anonymat, affirme que dans leur grande majorité les indignés sont bien élevés, même si un homme a dû être hospitalisé pour, semble-t-il, une surdose. « Les gens épuisent le système », ajoute-t-il, « et ce jour-là le véhicule de secours a eu du mal à se faufiler sur le lieu de l’incident ». « Heureusement qu’il y avait un ambulancier », dit-il en montrant du doigt un infirmer bénévole du mouvement Occupy Wall Street, « sinon, il serait décédé ».

Bobby Cooper, qui campent sur Liberty Square depuis le 26 septembre, est un autre bénévole qui assure le service d’ordre. Ce sculpteur de 30 ans, qui a déjà assuré des missions de sécurité pour des soirées dans des entrepôts de Brooklyn, précise qu’il s’occupe des installations sanitaires, des urgences médicales, de la collecte de fonds et de ce qu’il appelle en plaisantant, « les questions d’urbanisme » sur la Place de la liberté.

Récemment, un matin, Bobby Cooper, était en train de délimiter un passage à l’aide de ruban adhésif de couleur dans la forêt de matelas pneumatiques et de bâches pour faciliter l’accès des touristes et des gens qui se rendaient à leur travail en traversant la place. Bien que contrarié que certains refusent de bouger, il se refusa néanmoins à les déloger de force. Pour lui, la meilleure stratégie est de « maintenir l’endroit tellement organisé, propre et sous contrôle, que ceux qui n’apprécient ni l’ordre, ni la propreté, s’en aillent d’eux-mêmes ».

L’ironie de l’histoire, c’est qu’on a ici des manifestants, souvent qualifiés de frondeurs, encerclés par la police de New York, qui n’hésitent pas à créer leur propre version des forces de l’ordre. « Nous sommes révolutionnaires, mais nous n’en perdons pas pour autant notre bon sens », déclare Brendan Burke. « Si nous nous contentons de n’être que des révolutionnaires ou des anarchistes, les flics n’hésiteront pas une seconde pour nettoyer toute la place ».


Traduit par Olivier Jaculet

Cet article est également disponible en : Anglais, Espagnol, Arabe, Turc

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